— Le vol British Airways BA 271 de Marseille Marignane à Londres Heathrow partira de la porte 12A à midi. Veuillez vous diriger vers la porte d’embarquement.
Léa embrassa Tom une fois de plus et lui demanda s’il avait tout ce dont il avait besoin. Il lui sourit et l’embrassa en retour. Il avait beau avec neuf ans et être grand pour son age, il était pour elle encore un petit garçon et elle n’était pas complètement rassurée de le savoir voyager tout seul. Elle avait offert de l’accompagner à Londres mais Mark lui avait opposé une fin de non-recevoir plutôt ferme, arguant que tout se passerait bien, que beaucoup d’enfants prenaient l’avion tout seul sur des distances bien plus longues que Marseille-Londres.
— Embrasse Mamie pour moi et dit lui que nous l’attendons bien d’ici deux semaines avec toi, ok ? Et tu n’oublies pas de lui demander qu’elle m’appelle ou qu’elle m’envoie un texto quand tu arrives.
Le petit garçon hocha la tête comme son père l’embrassait une dernière fois. Léa les observa tous les deux, notant les ressemblances et les différences.
Mark reposa Tom sur le sol et ils le regardèrent partir avec l’hôtesse de l’air et passer la douane. Il leur fit signe et ils lui répondirent avant qu’il ne disparaisse dans la foule. Léa soupira. Mark la regarda en souriant.
— Ne le dis pas qu’il te manque déjà ? Lui dit-il en la prenant par la main.
— Un peu. C’est toujours difficile de les voir partir.
Il pressa sa main dans la sienne.
— J’ai un plan pour te faire oublier Tom complètement.
Elle regarda d’un air entendu.
— Fruits de mer et shopping. Et puis juste toi et moi tout seul à la maison pour presque deux jours.
Elle se dit que d’ici là ils sauraient que Tom était arrivé sain et sauf. Elle se pressa contre lui et ils marchèrent en direction du parking.
Dans la voiture, sur le chemin de Marseille, Léa se dit que son appréhension pour Tom venait plus due fait qu’elle se retrouvait seule avec son mari pour deux jours que parce qu’elle était vraiment inquiète de le voir voyager tout seul jusqu’à Londres. C’était la première fois depuis la crise qui avait secoué leur couple au mois d’avril qu’ils se retrouvaient seuls sans les enfants et elle en ressentait une légère tension. C’était ridicule car depuis ils s’étaient réconciliés et semblaient être comme avant mais elle savait que ce n’était pas complètement vrai non plus. Il y avait une forme de malaise parfois entre eux, quelque chose de non-dit, qui lui donnait l’impression qu’ils marchaient sur des oeufs quand ils étaient ensemble.
La vérité était que depuis que Mark avait réintégré le domicile conjugal et leur chambre à coucher, leurs vies avaient été pleines et ils avaient eu peu de temps pour eux. En plus de gérer l’hôtel, le caviste, le domaine viticole et sa propre carrière d’écrivain, il y avait eu des cicatrices physiques et psychologiques à soigner à la maison.
Il avait d’abord fallu s’occuper de leur fils aîné Max. L’accident dont il avait été victime lorsqu’ils étaient séparé avait causé des blessures sérieuses qui avait signifiés des allers-retours journaliers à l’hôpital de Nîmes qui était à une cinquantaine de minutes. Il était rentré à la maison, il y avait un lois et depuis ils l’avaient emmené plusieurs fois par semaines chez le kinésithérapeute en plus des visites de contrôle chez le chirurgien et le neurologiste. Tout allait bien et il avait été autorisé à aller rentre visite aux parents de Léa avec les jumeaux une semaine auparavant. Mais elle savait aussi que Max, le plus sensible de leurs enfants, les avaient observés de très près. Elle avait lu de la peur dans ses yeux les deux ou trois fois où le ton était monté entre eux ou que leurs échanges avaient été plus vifs que d’habitude.
Et puis il y avait Tom. Léa avait suspecté que la combinaison de son père vivant en dehors de la maison pendant quelques semaines, leur dispute et l’accident de Max avait eu un effet délétère sur lui. Il était toujours bouillonnant mais il avait un côté plus dur qu’il montrait à fois à la maison et à école. Mark était intervenu mais Léa pensait que la situation était toujours critique. Ils espéraient que le fait qu’il passe du temps hors de la maison, en Angleterre, avec ses cousins et cousines, lui ferait du bien bien qu’elle sache que Mark était pas très heureux qu’il passe une semaine chez ses ex-beaux-parents. Bien que sa belle-mère ait tenté plusieurs fois par l’intermédiaire de Léa de réduire le gouffre entre eux, il était toujours aussi peu enclin à à leur pardonner. C’était une bataille qu’elle avait abandonné.
Les moins affectés par les évènements d’avril était leurs jumeaux de deux ans, Ben et Ellie. Ils étaient une joyeuse paire qui demandait une supervision constante et elle était reconnaissante à ses parents de les avoir pris pour une semaine.
Elle se demanda si ces deux jours passés ensemble seraient aussi libres que les quelques jours qu’ils avaient passés à Londres avant cet horrible rencontre avec Stéphane Varnier, s’ils seraient capables d’apprécier leur propre compagnie et leurs corps avec autant d’abandon qu’ils ne l’avaient fait alors quand aucun nuage n’était venu ternir leur relation. Et parleraient-ils seulement de ce qui c’était passé en avril ? Elle savait qu’ils devaient le fait et fut surprise quand Mark aborda le sujet juste après qu’ils se soient assis pour le déjeuner.
— Est-ce que tu es heureuse ? Lui demanda-t-il sa main dans la sienne, leurs genoux se touchant sous la table.
Elle lui sourit et embrassa sa tempe.
— Oui Mark. Tu le sais.
Il la regarda, ses yeux bleus fixés dans la siens.
— Je suis conscient que nous n’avons pas parlé de ce qui c’est passé en avril depuis… depuis avril. Je voulais juste que tu saches que je suis prêt à écouter si tu as besoin de me dire quoi que se soit. Parfois j’ai l’impression qu’il y a toujours un vide entre nous, quelque chose que je n’arrive pas à saisir.
Elle regarda son verre de champagne en face d’elle avant de répondre, cherchant les mots à mettre sur ce qu’elle voulait dire.
— Je sais ce que tu veux dire mais je ne sais pas s’il y quoique se soit que nous pouvons faire ou dire pour améliorer les choses. Comme les enfants, les cicatrices ont besoin de se résorber pour nous aussi. Mais je pense que nous sommes sur le chemin de la guérison.
Il embrassa ses lèvres légèrement.
— Ce week-end est important pour moi, pour nous. Je ne voulais pas que tu partes avec Tom parce que je voulais que toi et moi passions du temps ensemble. Seuls. Nous ne l’avons pas fait depuis..
— Londres.
— Nous n’avons même pas réussi à passer une soirée par semaine tous les deux ces derniers mois comme on le faisait avant.
— On faisait cela deux soirs par semaine souvent ! Ajouta-elle joueuse.
— Mais tu vois ce que je veux dire ? J’ai besoin de temps avec toi. Pas d’enfants, pas de distractions, juste toi et moi.
Elle lui sourit et pressa sa main.
— Je sais. Et tu as raison. Je suis simplement une peu inquiète de nous tous les deux tout seul. Cela a été tellement intense ces derniers mois.
Elle lut la peine qu’elle lui causait dans ses yeux et s’en voulut de ne pas avoir dit les choses autrement.
— De quoi as-tu peur ?
— Je ne sais pas. C’est bête je sais.
— Qu’est-ce que je peux faire pour que cela disparaisse ? Est-ce que tu veux qu’on passe ces deux jours ailleurs ?
Elle hocha la tête et une boucle tomba du chignon souple qu’elle portait sur la nuque.
— Non, restons à la maison. Juste la maison et nous.
Elle lui sourit et l’embrassa doucement.
— Est-ce que l’on peut commander ? Je meure de faim.
Ils déjeunèrent de fruits de mer, burent un peu et la gêne entre eux s’évapora lentement. Leur bonheur inné quand ils étaient ensemble grandissant, comblant le vide entre eux. Ils sortirent du restaurant plus heureux qu’ils n’y étaient entrés, main dans la main, riant comme des adolescents de leurs plans pour le reste de la journée et le jour suivant.
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